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   samedi 1 novembre 2008
Journal Ouest-France du samedi 1 novembre 2008
Edition : Bretagne - Rubriques : Région
Deux cents urnes funéraires au bord du Bono

Lionel Le Maguer, copropriétaire du site cinéraire de Pluneret : « Il n'y a rien de mortifère, ici... »

Ouest-France


À Pluneret, le Jardin des mémoires est un cimetière unique. Les cendres de plus de deux cents défunts reposent auprès d'une rivière tranquille.


La parcelle verdoyante plonge vers la rivière du Bono, sur laquelle des voiliers en hivernage s'offrent une danse chaloupée, bercés par un clapot. Nous sommes sur la commune de Pluneret, près d'Auray. L'entrée du golfe du Morbihan ne se situe qu'à quelques encablures. Sur ce terrain pentu, oliviers et chênes verts voisinent avec des magnolias, des érables et bien d'autres essences que Lionel Le Maguer présente sur catalogue à ses futurs clients. Un parc pour promeneurs écolo ? Non, plutôt un cimetière, même si l'initiateur de ce Jardin des mémoires balaie le mot. « Ici, il n'y a vraiment rien de mortifère... »

L'ancien hôtelier quinquagénaire a imaginé, il y a dix ans, ce concept à nul autre pareil, qui commence à séduire de plus en plus de mortels, sans être stigmatisé par le Droit et par l'Église de France. Principe tout simple : sous un arbre, une urne funéraire.

Une façon de dédramatiser

Et un bail qui peut courir jusqu'à 99 ans, moyennant un investissement initial de 3 000 à 4 000 € (selon l'essence choisie), ainsi qu'une redevance annuelle de 75 € que justifient l'entretien et, si nécessaire, le remplacement de l'arbre. « J'ai songé à cette formule en récupérant, un jour, les cendres d'un ami, explique Lionel Le Maguer. Son épouse ne savait qu'en faire, car l'idée du columbarium ne la séduisait guère ».

Sur les bords du Bono, le sympathique barbu et deux associés disposent de 43 ha. De quoi planter 12 000 arbres et accueillir autant d'urnes. « On n'en est pas là. Le démarrage a été lent, convient Lionel, car il faut que les mentalités évoluent. Mais, ça y est : cette année constitue le franchissement d'un cap. On a planté plus de cent arbres. Autant que les neuf années précédentes. Et 2009 sera encore meilleure... »

De plus en plus d'hommes et de femmes viennent, de leur vivant, se faire à l'idée de ce que serait ici leur repos éternel. « Ils choisissent ' leur ' arbre et sa meilleure exposition, à leurs yeux, sur la parcelle. Oui, je serai bien là, me disent-ils. Une façon, pour eux, de se rassurer, de dédramatiser les choses. »

Ceux qui résident au Jardin des mémoires étaient fréquemment des résidants secondaires, originaires de Paris et de grandes villes de province. Des plaques discrètes permettent de les identifier. Il arrive même que des prêtres les bénissent, les jours d'inhumation.

À la belle saison, le site se prête facilement à la promenade. Des bancs y invitent. Une façon de domestiquer la mort. Lionel Le Maguer le pense, lui qui s'apprête à dupliquer son initiative morbihannaise. « J'ai des demandes extérieures, dit-il. Mais, avant d'y céder, je voulais réussir ici. C'est en cours. » Alors, bientôt, il aménagera un autre Jardin des mémoires dans l'arrière-pays niçois.

Alain GUELLEC.